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Surdité profonde : les secrets de fabrication des implants auditifs

Article publié le samedi 22 octobre 2016.


Chaque année, 30 000 implants cochléaires sont implantés dans le monde afin de restaurer l’audition d’enfants atteints de surdité profonde. Sciences et Avenir vous plonge dans les coulisses de la fabrication des implants auditifs de MED-EL, l’un des leaders mondiaux du marché, depuis son site basé à Innsbruck (Autriche).

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30 000 implants cochléaires par an dans le monde

En France, chaque année, un enfant sur 1.000 naît sourd, dans 80 % des cas, pour des raisons génétiques. Le problème peut être situé à différents niveaux de l’oreille interne (voir encadré en fin d’article). Mais pour la majorité des jeunes patients, la partie défaillante est la cochlée, véritable labyrinthe de l’oreille interne en forme de coquille d’escargot et constitué de cellules ciliées transmettant le son au nerf auditif (qui le conduira tout droit au cerveau).

"Chaque année, 30 000 implants cochléaires (ndlr : voir vidéo ci-dessous) sont implantés dans le monde, essentiellement en Europe, en Amérique et en Chine, l’on en dénombre 1500 en France", nous explique Michel Beliaeff, directeur général de MED-EL France. Outre les causes génétiques, la surdité peut être liée à un accident (de voiture, de plongée, etc.), à un abus d’antibiotiques ou encore, elle peut constituer l’une des complications les plus redoutables de la méningite d’origine bactérienne. "En Afrique, où l’on estime à 26 millions le nombre d’enfants sourds, la principale cause de surdité profonde est la consanguinité (6 ou 8 naissances sur 1000), les mariages entre membres de la même famille étant encore fréquents. C’est la même chose en Inde. Il y a donc beaucoup à faire en termes de sensibilisation de la population dans ces pays", explique Claude Jolly, directeur de la recherche sur les électrodes chez MED-EL

Les médecins formés aux implants auditifs grâce à l’impression 3D

Pour les implants cochléaires, les chirurgiens opèrent les enfants jusqu’à l’âge de 7 ans. "Passé cet âge, restaurer l’audition est très difficile puisque les neurones destinés au préalable à l’audition vont se spécialiser dans d’autres sens, c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale", précise Michel Beliaeff. En France, le dépistage néonatal de la surdité dans les maternités est obligatoire depuis 2012 (mais la totalité des maternités ne le proposent pas encore). Quand la surdité est dépistée tôt, il est possible d’opérer l’enfant dès l’âge de 9 mois. L’oreille interne étant très petite à cet âge, les composants électroniques doivent être extrêmement fins. "Les électrodes comportent une douzaine de fils de l’ordre de 3 dixièmes de millimètres", ajoute le spécialiste. Et si les broches ne sont pas correctement reliées à la puce, il peut y avoir un problème d’étanchéité. "C’est un souci que tous les fabricants d’implants ont malheureusement connu", avoue Michel Beliaeff. Une faille dans la fabrication qui nécessite de réopérer le patient. "Chaque implant possède un numéro de série et, donc en cas de problème, on peut identifier à quel stade de la chaîne de production l’erreur est survenue", explique Lisa Medina-Walzl, chef de projet à MED-EL. De la fabrication, aux tests, jusqu’à la stérilisation de l’implant (au gaz), il faut compter 6 semaines. "Le temps consacré à un seul implant cochléaire et la main d’œuvre spécialisée justifient son coût très important : 16 000 euros pour la partie interne et 6 000 euros pour la partie externe", souligne le Directeur Général de MED-EL France. Dans l’Hexagone, ces frais sont remboursés intégralement par la Sécurité sociale. Une trentaine de centres hospitaliers - tous publics - est agréé pour cette chirurgie.

RADIOSCOPIE. Les chirurgiens sont notamment formés par... les fabricants d’implants eux-mêmes. À Innsbruck, une salle de formation permet aux médecins de s’entraîner sur des crânes et os temporaux en 3D. La radioscopie, une technique d’imagerie médicale qui utilise les rayons X avec un écran vidéo, leur permet de vérifier si leur insertion de l’implant dans la cochlée est correcte (voir vidéo ci-dessous). "Depuis quelques années, de plus en plus de patients et parents d’enfants atteints d’une surdité profonde viennent directement rendre visite aux fabricants pour se renseigner sur les implants, puis ils demandent aux chirurgiens quel modèle ils souhaitent", explique Michel Beliaeff. À MED-EL, puisque chaque étape de l’élaboration d’un implant est rigoureusement inscrit dans un fichier informatique, il est même possible de "rencontrer la quinzaine de personnes qui ont contribué à la fabrication de son propre implant", précise Lisa Medina-Walzl. À condition de connaître son numéro de série et de prendre l’avion vers la deuxième ville d’Autriche...

Implants auditifs : de la surdité profonde aux acouphènes ?

En 40 ans d’existence, l’implant auditif s’est diversifié pour répondre aux besoins de patients atteints de différentes pathologies de l’oreille. Outre l’implant cochléaire, il existe l’implant EAS (conçu pour les personnes présentant une surdité profonde dans les fréquences aiguës, légère à modérée dans les fréquences graves), l’implant d’oreille moyenne (constituant une alternative aux prothèses auditives pour les patients ne supportant pas ces derniers), l’implant à conduction osseuse (la transmission naturelle du son vers l’oreille interne étant limitée, le son est transmis par l’os vers l’oreille interne). "Ces deux derniers implants, coûtant environ 9 000 euros, devraient être remboursés par la Sécurité sociale d’ici quelques mois", se réjouit Michel Beliaeff. D’autres pathologies sont en test, comme la surdité ajoutée à des acouphènes douloureux. "Des études réalisées en France et en Belgique montrent des résultats encourageants chez les patients implantés", explique le spécialiste. L’implant auditif sera-t-il un jour une solution aux acouphènes, qui touchent plus de 2 millions de Français ? "A priori seulement pour les personnes atteintes de surdité et d’acouphènes très douloureux, car ouvrir la cochlée reste un acte chirurgical risqué", conclut le spécialiste.

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