Les services « Pôles Etudiants » ont été créés (1993) puis développés par nos associations de parents, effort gigantesque couronnant nos luttes et actions antérieures pour l’intégration des enfants et jeunes sourds dans les collèges et lycées depuis les années 70. Veut-on laisser détruire 30 années d’effort qui ont permis aux jeunes sourds de suivre des scolarités équivalentes aux jeunes entendants ? Nos différentes analyses sur la nouvelle loi pour les personnes handicapées se trouvent malheureusement confirmées : beaucoup de principes généreux affichés, mais pas d’argent pour les financer (sauf pour les « usines à gaz » que sont les procédures complexes que cette loi instaure, véritables futurs « chemins de croix » pour les familles et les personnes handicapées) !
Nos services « Pôles Etudiants », du moins jusqu’à ce jour, font l’admiration et l’envie de toutes les associations de parents en Europe, je l’ai constaté durant les quelques années de ma vice-présidence à la FEPEDA (Fédération Européenne des Parents d’Enfants Déficients Auditifs).
Le coût moyen d’accompagnement par étudiant sourd ou malentendant (environ 7000 euros par an), compte tenu des résultats remarquables obtenus, est faible. Au total pour l’ensemble des étudiants concernés, à peine par exemple l’équivalent du coût de deux ou trois ronds-points. Sachant bien sûr qu’il faut pouvoir répartir cette somme selon les besoins particuliers de chaque étudiant, un étudiant pouvant avoir besoin de 20 000 euros et un autre de beaucoup moins. Seuls nos services régionaux ont la compétence et la connaissance suffisamment fine du cas de chaque étudiant sourd, en concertation avec l’établissement ou l’université d’accueil, pour faire cette évaluation et cette répartition de la manière la plus adaptée et la plus équitable (ce qui ne veut pas dire que ce travail ne doit pas être contrôlé et validé par les instances ad hoc).
Verra t-on nos équipes très professionnalisées (coordination, aides humaines : interprètes LSF, codeurs LPC, interfaces de communication, preneurs en notes formés et rémunérés) remplacées par des intervenants à statut précaires, non qualifiés, non coordonnés, mal rémunérés. Verra t-on s’instaurer des niveaux de prise en charge différents selon que l’étudiant sourd est à l’Université, au lycée en BTS, dans un IUT, dans un établissement d’un autre ministère que celui de l’éducation nationale, dans un établissement de l’enseignement supérieur privé conventionné ou encore dans un établissement privé non conventionné ?
Nos associations de parents créatrices et gestionnaires de ces services « Pôles Etudiants » auraient-elles eu le tort de trop bien réussir ?
Seule la mobilisation des étudiants concernés et de leurs familles, et de nos associations, pourra bloquer ce qui s’annonce comme pouvant être un recul historique.
Elie MARTIN