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Comment les sourds ont vécu la seconde guerre mondiale

Projection-Conférence du film “Témoins sourds, témoins silencieux”
Article publié le mardi 23 octobre 2007.


A l’occasion de la projection de son film “Témoins sourds, témoins silencieux” lors de la conférence, "Les sourds dans la guerre", qui a eu lieu à Saint-Etienne en décembre 2006, Brigitte Lemaine revient sur les motivations qui l’ont guidée pour faire ce film.

SOMMAIRE

Présentation

Pourquoi ce film ?

La rencontre avec Stéphane Gatti, coréalisateur et la bibliothèque de Bagnolet

Le festival de Berlin et la rencontre avec Kurt Eisenblätter, témoin principal sourd allemand et le professeur Horst Biesold

Une quête de 7 années pour savoir et comprendre

Chiffres et données psychosociologiques

Les motivations pour continuer

Le début d’un processus


Présentation

Brigitte Lemaine nous a fait le plaisir lors des Journées Familiales de l’UNAPEDA en mai 2007, d’animer une soirée avec la projection de son film qui nous a tous bouleversé en dévoilant des faits méconnus ou inconnus...

Une conférence de Brigitte Lemaine

C’était à Saint Etienne le 2 décembre 2006, pour l’association CLES ( Créer des Liens entre Entendants et Sourds) dont la présidente de l’époque Sophie Chaud est historienne de la résistance. Il y avait aussi Anne-Catherine Laurier, également historienne, spécialiste de la résistance dans la Loire. Ce fut une journée très émouvante et intéressante.

Je vous remercie de m’avoir invitée à participer à votre conférence ”Les sourds dans la guerre” pour présenter mon film documentaire “témoins sourds, témoins silencieux” coréalisé avec Stéphane Gatti en 2000 et pour tenter de confronter nos maigres connaissances sur le sort des sourds à cette période monstrueuse de notre histoire. Je sais aussi par l’organisatrice Sophie Chaud que cette conférence est le prétexte à nous prémunir pour l’avenir de tels égarements et je m’en réjouis car il faut prévenir les jeunes et les moins jeunes des risques de l’extrême droite.

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Pourquoi ce film ?

Permettez-moi de tout d’abord d’expliquer mes motivations et les conditions dans lesquelles j’ai pu mener les recherches nécessaires à la réalisation de ce film. Je suis petite fille de sourds, élevée en langues des signes depuis mon plus jeune âge par mes grands-parents. Mon grand-père ancien élève de l’Institut Gustave Baguer d’Asnières, lithographe puis cartographe a été le premier élève sourd à l’Ecole Estienne et était très actif dans les associations de sourds. Ma grand-mère, ancienne élève de l’institution des sourdes de Bourg La Reine, était toute aussi intéressée par ces activités mais est devenue petit à petit aveugle car elle était atteinte d’une rétinite pigmentaire. Je savais par eux et par ma mère que leur situation avait été très dure pendant l’occupation surtout au niveau du travail et du ravitaillement mais sans plus et je me posais beaucoup de questions. Ma position de sociologue m’incita à considérer que le silence qui entourait la question des sourds sous le régime nazi et celui de Vichy comme dans la guerre n’était peut-être pas le fait du simple hasard. La langue des signes ayant été interdite dans notre pays jusqu’en 1992, il était très difficile de témoigner. Que s’était-il vraiment passé en France et en Allemagne pour les sourds à cette époque, pendant longtemps je n’ai pas su par quel bout aborder le problème ?

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La rencontre avec Stéphane Gatti, coréalisateur et la bibliothèque de Bagnolet

Ma rencontre avec Stéphane Gatti qui a pensé que je pouvais enseigner l’alphabet en langue des signes aux acteurs des différents lieux de Seine Saint Denis où se jouait la pièce de son père Armand Gatti : “Le chant d’amour des alphabets d’Auschwitz”, pour le cinquantenaire de la rafle de Drancy, a été pour moi un révélateur. Parallèlement à cette pièce était organisé un certain nombre de débats sur la question de “Témoigner d’Auschwitz” et j’ai alors demandé s’il était possible de poser celle des juifs sourds et des sourds dont on ne savait rien. Stéphane Gatti a alors décidé de consacrer une rencontre à la Bibliothèque de Bagnolet, que nous avons appelée : “Témoins sourds, témoins muets”. Nous étions le 27 janvier 1993, j’avais tout préparé avec Patrick Leven de l’association des sourds juifs de France, Daniel Abbou et Joël Liennel qui était devenu un des comédiens de la pièce. Quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver le jour de la rencontre, un grand nombre de personnes, même de Lyon, même de Lille pour enfin parler. C’était la première fois que des sourds juifs pouvaient s’exprimer sur leur sort 50 ans après la libération des camps. Il y avait même Bernard Mottez, le sociologue de l’Ecole des Hautes Etudes, spécialiste de la culture des sourds qui évoqua la loi d’hygiène raciale édictée dès 1933 pour la stérilisation des handicapés et en particulier des sourds. Il fallait diffuser ces informations. Clarisse Gatti qui était chargée de filmer tous les débats en bétacam, avait fait des images que j’ai ensuite proposées au 2ème Congrès sur l’histoire des sourds de l’Université de Hambourg. On nous a demandé un montage auquel nous nous sommes attelés avec Stéphane Gatti en plein mois d’août. Stéphane venait juste de ramener des images du Musée d’Auschwitz que nous avons intégrées au débat pour faire prendre conscience de l’endroit où ces juifs sourds avaient pour leur grande majorité terminé leur vie dans les fours crématoires. Le film s’est appelé du nom de la rencontre “Témoins sourds, témoins muets” et durait une heure. Patrick Leven nous y apprenait que 210 sourds juifs français avaient été déportés et n’étaient jamais revenus c’est pourquoi personne n’avait pu témoigner. Le film présenté à Hambourg fut très applaudi et devint le point de départ d’un questionnement international, les américains (Dona Ryan, et le professeur Shuman de Gallaudet University) qui travaillaient avec le Musée de l’Holocauste à Washington D.C pour garder la mémoire des sourds juifs dans la Shoah m’encouragèrent à continuer mes recherches en France, les allemands de l’émission des sourds de la Bayerischer Rundfunk, envoyèrent une équipe au Foyer Helen Keller de Tel Aviv en Israël pour réaliser un premier reportage de trente minutes sur les survivants juifs sourds de la déportation, qui fut présenté avec “Témoins sourds, témoins muets” à une semaine de la culture sourde au cinéma Eiszeit Kino de Berlin en 1995. Malheureusement la projection de notre film à la Maison des Arts de Créteil dans le cadre de trois journées sur la culture et l’histoire des sourds organisée par notre association FotoFilmEcrit, déclencha la rétractation publique d’un témoin du film : Annette Leven qui avait pourtant visionné la cassette une semaine auparavant, elle y dénonçait le président de la fédération des sourds de l’époque qui était présent aux rafles. On m’interdisait de montrer ce film et de continuer mes recherches en France, ce président étant encore vivant et actif dans les associations de sourds... Je fus très choquée et très découragée. Comment des personnes criminelles, ayant collaboré avec les nazis pouvaient être encore protégées à notre époque ? Comment un film qui tentait de rendre la parole aux sourds juifs et aux sourds stérilisés, était ainsi discrédité au risque d’occulter toute la question de la persécution des sourds sous le nazisme et de perdre beaucoup de temps.

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Le festival de Berlin et la rencontre avec Kurt Eisenblätter, témoin principal sourd allemand et le professeur Horst Biesold

A la même époque, je me rendis à Berlin où mon film “Sourds à l’image” était présenté à l’Institut français dans le cadre du festival et je rencontrais Kurt Eisenblätter qui me dit :” Si tu veux parler une jour des sourds et de Hitler vient m’interviewer”, et qui me raconta comment son institution de sourds, les déplaçait pour assister aux défilés nazis alors que la stérilisation sévissait dans les écoles de sourds... Je commençais à me dire que c’était en Allemagne que je devais travailler.

A Hambourg, j’avais découvert l’exposition de Horst Biesold sur la stérilisation des sourds, j’avais envie de le rencontrer pour le filmer et en savoir plus sur son livre “Crying hands”. Je cherchais des fonds pour tourner en Allemagne où personne ne m’avait encore interdit de travailler. Ce n’est qu’en 2000 que je pus reprendre le tournage et le finaliser en faisant le montage avec Stéphane Gatti au fil d’une longue réflexion sur le rôle des médecins dans le processus. N’avaient-ils pas été 6% à soutenir Hitler dans sa politique d’hygiène raciale en 1933, puis 50% en 1942 ? Comment le nazisme avait-il pu contaminer à ce point des personnes censées soigner les autres et avoir fait de longues études ? Le documentaire “Témoins sourds, témoins silencieux” était né.

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Une quête de 7 années pour savoir et comprendre

Ce fut donc 7 années de ma vie qui furent consacrées en partie à cette terrible quête de la vérité et j’ai à présent l’impression qu’au fur et à mesure des projections et des conférences, je continue à soulever des pans du voile. Car bien sûr les témoignages affluent, les critiques et les encouragements aussi. Et il faut se battre constamment contre le négationnisme ambiant. Par exemple dernièrement il a été stipulé dans une expertise anonyme de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah à qui je demandais des fonds pour la sortie du film au cinéma, par un prétendu historien qui conseillait de refaire mon film donc ma copie, comme si j’étais une simple étudiante, que les nazis ne se sont pas acharnés contre les sourds puisqu’ils n’ont stérilisé que les sourds de naissance. Maintes fois on a voulu me ridiculiser ou minimiser l’importance des crimes comme si la vie des autres victimes avait plus de valeur.

Il y a des moments où j’ai cru rêver, je veux dire cauchemarder surtout quand je me suis aperçue que les gens sont dans une telle confusion et complicité avec l’agresseur et j’ai été tentée d’abandonner mais quelque chose me retenait toujours. Une petite voix qui tentait de m’alerter que tout pouvait nous retomber dessus dans un tragique mécanisme de répétition. Etait-ce le sang sourd, la filiation sourde, l’éducation sourde ? Car je suis petite fille de sourd, donc fille de ma mère entendante née en 1931 de parents sourds et j’ai quelque part pris conscience que si les sourds avaient été stérilisés en France un peu plus tôt, nous n’existerions peut-être tout simplement pas ma mère et moi. Et je persiste à penser que cela aurait été une grande perte.

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Chiffres et données psychosociologiques

Alors le chiffrage des victimes me parait une indication importante contre ce négationnisme. Même s’il est difficile comme sur toute la question de la Shoah d’avoir des relevés scientifiques. Il y aurait eu environ 32580 stérilisations d’handicapés, malades mentaux et cas sociaux dès 1934 ( source Jochen Muhs, responsable du centre culturel des sourds de Berlin dans sa conférence à Gallaudet en 1996), selon Horst Biesold 32268 et 375 000 pour toute l’Allemagne à la fin de la guerre. Sur 50 000 à 100 000 sourds allemands, il y aurait eu 20 à 30 000 stérilisations, 1600 exterminations par le T4 et 6000 sourds juifs tués dans les camps de la mort venant de toute l’Europe. Ce qui fait un total d’environ 40000 sourds touchés de mort psychique et sexuelle ou de mort tout court. C’est beaucoup...

Il faut savoir que les sourds stérilisés ont gardé longtemps le silence par peur d’être rejetés par les leurs, les sourds nazis étant restés en place dans les associations après la guerre. Horst Biesold (formateur de professeurs pour sourds) m’a raconté l’histoire de ces sourds stérilisés parmi ses élèves qui ont enfin pu lui dire les opérations chirurgicales terriblement douloureuses qu’ils avaient subies et ensuite les 1215 victimes sourdes qu’il a interviewés pour son enquête et qu’il a aidées à trouver réparation auprès des tribunaux (2000DM). Il faut savoir que les nazis ont brouillé beaucoup de traces, détruit les preuves, procédé à de nombreuses disparitions, que beaucoup de documents ont été brûlés dans les bombardements, détruits ou cachés par les institutions.

Qu’en matière de sourds, il n’y avait pas la mention "sourd" à côté de la mention "malade mental" dans les hôpitaux ou institutions psychiatriques ou à côté de la mention "juif" ou autres mentions (tzigane, politique, homosexuel etc...) dans les listes des camps, que des familles entières ayant été éradiquées, il n’y a pas eu de survivants pour faire des recherches après la guerre, et que les personnes déportées qui sont revenues étaient souvent trop traumatisées pour témoigner et que depuis une dizaine d’années il faut recoller les morceaux du puzzle souvent grâce à leur descendance qui se pose les bonnes questions, alors que beaucoup d’entre eux sont morts de vieillesse ou des suites de leur déportation. Je crois à la force du témoignage que les historiens “positivistes” souvent contestent car au delà de la preuve écrite et administrative qu’il faut souvent aller chercher chez “l’ennemi” avec toute la perversité de l’inversion que cela génère, existe la parole ou le non verbal du survivant, du témoin, de la victime qui souvent a bravé la mort pour pouvoir révéler. Et ces témoignages parfois me hantent.

Les sourds dans la guerre, ce fut bien sûr une peur immense, une envie de fuir une inégalité certaine par rapport aux entendants, dans les risques encourus et dans l’information due au handicap mais aussi au poids de l’entourage. Et pour certains ceux qui sont devenus nazis, la trahison des leurs et une prise de pouvoir brutale.

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Les motivations pour continuer

-  Toujours me vient en mémoire, ce témoignage incroyable d’une femme juive dont la jumelle était sourde qui fait partie du Comité Tlemcen pour la mémoire des déportés du 20ème arrondissement de Paris. Déportée à 15 ans avec sa famille, elle arrive à sauver sa sœur au moment de la sélection en lui intimant l’ordre de ne pas signer devant les SS à l’arrivée à Auschwitz. Mais sa sœur sera fusillée dans le baraquement deux jours plus tard quand elle lui demande de traduire en langue des signes un ordre du SS. Pas de doute, le sourd était immédiatement dirigé vers la mort dès l’arrivée ou abattu très vite, ceux qui s’en sont sortis sont très rares et ont profité d’appui ou de solidarité comme ce sourd juif hongrois assisté par un enfant de sourd du nom de Pavel que cite Jochen Muhs.

-  Je pense au livre de Jacques Lusseran, résistant aveugle, directeur du journal “Défense de la France” et professeur, intitulé “Et la lumière fut” et à son témoignage sur le “Bloc des invalides” au camp de Buchenwald où 1500 handicapés dont des sourds bien sûr, étaient entassés dans un baraquement prévu pour 300. Soumis à un rationnement encore plus terrible et à des conditions d’hygiène déplorable pour provoquer une mort plus rapide et où malgré une pleurésie, une dysenterie, une otite et un début de septicémie, il n’avait pas réussi à mourir et avait été sauvé par un manchot et un unijambiste qui l’avait transporté dans un hôpital où il n’avait reçu aucun soin mais où il avait miraculeusement guéri. Je pense à ces mots incroyables : “La maladie m’avait sauvé de la peur. Elle m’avait sauvé de la mort. Laissez-moi vous le dire : sans elle je n’aurais pas vécu.” Ce même Jacques Lusseran nous explique ailleurs qu’il n’a jamais pu passer le concours de l’école normale supérieure parce qu’un certain ministre de Vichy Abel Bonnard, avait interdit la fonction publique (magistrature, diplomatie, administration financière et enseignement) aux handicapés par décret de juillet 1942, ce qui l’a conduit à émigrer aux USA après la guerre pour pouvoir enseigner la littérature.

-  Je pense à Emma Vernet, malheureusement décédée, interprète auprès des tribunaux et fille de sourds d’Asnières, fondatrice du “Mouvement des sourds” qui avait été secrétaire de Lucien Morel, sourd communiste décoré de la Légion d’honneur pour faits de résistance. Elle a témoigné lors d’une précédente projection de mon film, du fait qu’il fournissait des faux papiers aux juifs sourds et qu’il avait été dénoncé par un sourd. Les allemands lui auraient montré le papier écrit lors de la perquisition où fort heureusement ils n’avaient rien trouvé. Lucien Morel lui avait confirmé que son plus grand ennemi, le président de la fédération des sourds collaborateur déjà évoqué plus haut, avait été condamné par le tribunal populaire d’Aubervilliers à la libération mais avait été gracié par de Gaulle sur intervention de l’aumônier de Saint Jacques. Par ailleurs elle m’a confiée une lettre datant de 1934 de l’Union prolétarienne des sourds à l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, demandant des comptes sur des résistants sourds communistes déportés et les stérilisations de sourds pratiquées prouvant que le monde des sourds était bien au courant de ce qui se passait dans l’Allemagne nazie. Toujours selon les dires de Emma Vernet, en 1937 lors d’un Congrès international des sourds-muets, le délégué de l’Allemagne aurait été interpelé par le délégué français Marcheguet et celui du Danemark pour demander encore une fois des comptes sur ces stérilisations et déportations de sourds-muets antifascistes. Fritz Albreghs, président de l’association nazie des sourds, aurait répondu “La croix gammée nous les a imposés et nous sommes forcés de nous incliner ». En fait Jochen Muhs lors de son intervention sur les sourds et la guerre à l’université de Gallaudet a bien montré que cette association des sourds nazie venait de fusionner sans élection en un groupe unique, 25 associations de sourds allemands dont la plus importante était communiste, la plus active contre les stérilisations (depuis 1929) était juive, et dont la mutualiste avait 800 membres et était dirigée par un homme bon et respecté Gottweiss qui a tout simplement été obligé de démissionner et écarté avec sa femme des événements sourds ainsi que 33 sourds juifs. De plus un film excellent sur la culture sourde, à destination des entendants avait été interdit. Cette association de sourds nazie épouvantable passa de 4700 à 12600 membres grâce à la propagande nazie filmée très accessible et parce qu’on pouvait trouver ainsi plus facilement du travail. Les enfants sourds participaient aux camps des jeunesses hitlériennes et tout le monde se mit à croire qu’il était utile d’être stérilisé. Pourtant l’association fut dissoute car bientôt les sourds furent considérés comme citoyens inférieurs ne correspondant pas à l’image de l’aryen.

-  Je pense à cette femme sourde d’Asnières qui a témoigné lors de la projection organisée par l’amicale des anciens élèves de l’Institut Baguer, de sa réquisition dans un camp proche de Saint Malo. Orpheline et placée dans une institution où se trouvait des enfants handicapés, elle a subi toute petite l’esclavage des SS qui avaient réquisitionné l’institution et les enfants et l’avaient transformé en camp de transit. Il y en avait 12 au nord et 34 au sud en France, où 3000 personnes sont mortes de mauvais traitements, de faim et d’épidémie. Elle a assisté à des horreurs, notamment à des meurtres de bébés et d’enfants juifs en les jetant dans la rivière et n’a pu s’en évader qu’en fuyant à pied jusqu’à Paris au moment du débarquement.

-  Je pense à ces jeunes sourds étudiants journalistes à Bordeaux qui ont réuni des témoignages sur les sourds et la guerre pour la projection de mon film au festival du film historique de Pessac et m’ont parlé de la réquisition de l’institution des sourds de Ronchin dans le nord de la France par la kommandantur et de la claustration des élèves à la cave pendant la durée de la guerre. Il y aurait eu aussi d’après leurs sources des exactions terribles dans une institution de sourdes à Lille.

-  Je pense à un vieux sourd de Strasbourg lui-même stérilisé (puisque Strasbourg était en Allemagne) qui n’a pas voulu venir à ma projection au cinéma l’Odyssée, mais a chargé le président de l’association locale des sourds de parler de son existence. Lequel j’espère a pu recueillir son témoignage filmé puisqu’il est photographe.

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Le début d’un processus

Tous ces témoignages d’autant plus émouvants qu’ils nous arrivent d’une longue période de silence, de rejet et d’incompréhension, pèsent très lourds pour moi et je trouve pour nous tous maintenant. D’abord parce qu’ils recouvrent énormément de douleurs et de non dits, mais aussi parce qu’ils anticipent tous ceux qui n’ont pas été encore révélés ou ne le seront jamais. Comment faire pour conserver ces premières confessions, les donner à croire et leur conférer une valeur d’exemple pour l’avenir ? Comment faire pour en recueillir d’autres dans de meilleures conditions ? Comment faire pour trouver réparation pour les victimes et leurs familles ? Comment laisser trace : un autre film, un livre, des entretiens ?

J’avoue que je suis un peu dépassée par l’ampleur de la tâche et que j’ai besoin de soutien. C’est pourquoi je me sens bien aujourd’hui et beaucoup moins seule, en compagnie de ces jeunes historiennes déterminées et de votre association qui veut créer des liens entre sourds et entendants à Saint Etienne.

J’espère que nous sommes au début d’un processus de prise de conscience pour un appel à témoignages et à récits, pour réunir documents et preuves, et commémorer un jour la mémoire de ces victimes sourdes oubliées.

Témoins sourds, témoins silencieux" sera très prochainement programmé au cinéma l’Arlequin 76 rue de Rennes 75006 Paris.

Brigitte Lemaine a créé une association, FotoFilmEcrit, dont vous trouverez ci-dessous l’extrait du rapport d’activités 2006/2007.
Courriel fotofilmecrit@aol.com

Visiter le site de l’association CLES

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(FotoFilmEcrit page 4)]
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(FotoFilmEcrit pages 2 et 3)]
[
(FotoFilmEcrit page 1)]
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