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Lien entre vocabulaire à 2 ans et niveau socio-économique : Comment favoriser l’apprentissage du langage chez son enfant ?

Article publié le mardi 8 janvier 2019.


Une étude de Santé Publique France dévoile des inégalités dans l’apprentissage du langage dès 2 ans en France en fonction du niveau socio-économique des parents...


-  L’étude du dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire vient confirmer d’autres études à l’étranger : l’amplitude du vocabulaire augmente en fonction des moyens et des études de ses parents.
-  Pour éviter les pertes de chances, il faudrait donc stimuler au plus tôt les capacités d’apprentissages du langage chez les tout-petits.
-  Trois experts nous livrent des conseils pour aider ses bambins à s’y retrouver dans notre belle et riche langue française.

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Illustration d’un parent qui lit une histoire avec un enfant. - Pixabay

La messe serait-elle dite avant l’entrée à la maternelle ? Une étude française [1], réalisée par Santé Publique France, dévoile ce mardi que dès 2 ans, l’apprentissage du langage dépend du niveau socio-économique des parents. En détail, les enfants dont la mère a un niveau de diplôme inférieur au BEPC connaissent 70 mots sur 100 proposés, quand ceux dont la mère a un diplôme supérieur à Bac + 2 en maîtrisent 80. « Cette étude, une première en France, confirme que dès 2 ans, il existe des inégalités sociales face au langage, analyse Florent de Bodman, auteur du rapport de Terra Nova sur « L’égalité des chances se joue avant la maternelle ». Une étude américaine montre qu’à 3 ans les enfants de familles pauvres connaissent 500 mots contre 1.000 mots pour les familles aisées aux Etats-Unis. La recherche montre que malheureusement il existe de forts liens entre les écarts socio-économiques et les chances de savoir lire à la fin du primaire. » Autant d’éventuelles pertes de chances qui peuvent encourager les parents, quel que soit leur milieu social, à stimuler l’apprentissage du langage de leurs bambins dès la naissance.

Ne pas sous-estimer le nouveau-né
On pourrait croire qu’il ne sert à rien de gâcher sa salive pour un petit être qui vient de naître. Et pourtant, un nouveau-né comprend bien des choses. « C’est important de parler avec l’enfant, pas seulement à l’enfant, guetter ce qu’il comprend et toutes ses réactions, précise Florence De Bodman. Avec un nouveau-né, c’est plus une histoire de communication non verbale : il peut répondre par un sourire, un geste, du babillage. Autant de briques qui vont l’amener vers la parole. »

Et souvent, les parents sous-estiment les capacités de leur bébé. Un préjugé que Christian Peyrat, pédiatre, combat depuis 25 ans. Pour lui, le maître-mot, c’est la considération, indispensable à la communication. « Plus on s’adresse à l’enfant, plus il se sent considéré et compris, plus il sera calme », avance le pédiatre. Qui précise qu’il ne suffit pas de poser la question, encore faut-il attendre, quelques secondes, la réponse. « Et quand l’enfant vous répond, il est important de réagir, lui poser des questions, rebondir, le féliciter », renchérit Florent de Bodman. « Ces mots vont former son cerveau, travailler son oreille », complète Anne Rudelle, orthophoniste et psychopraticienne.

Le jeu, excellente porte d’entrée
C’est par le jeu que l’enfant acquiert le mieux tous les apprentissages. « On rencontre moins de retards dans les apprentissages du langage dans les familles, qu’elles soient favorisées ou non, où on joue beaucoup », souligne Anne Rudelle. On peut donc imaginer des petits jeux d’imitation, d’imagination, des jeux de société qui sont autant d’invitations à enrichir son vocabulaire.

Et pour les parents en panne d’inspiration, ils peuvent se renseigner auprès de l’association 1001 mots, qui propose des idées, jeux, activités, livres pour stimuler la parole d’un enfant dans son éveil langagier de 0 à 3 ans à la maison. « On s’inspire des neurosciences, qui nous apprennent que les quatre piliers de l’apprentissage, c’est l’attention, l’implication active, le feed-back positif et la répétition régulière qui fait que les connexions neuronales se solidifient, précise son directeur, Florent de Bodman. Un de nos principaux conseils, c’est de partir de l’intérêt de l’enfant. »

Si votre bambin se passionne pour les trains ou pour la cuisine, on peut donc s’appuyer sur cet engouement pour éveiller sa curiosité... et lire 249 fois son livre préféré en le faisant participer. Sans perdre de vue vos aspirations. « L’énergie de la joie est un tel support pour encourager n’importe quel apprentissage !, s’enthousiasme Anne Durelle. Alors si vous adorez la cuisine ou le vélo, faites cette activité en décrivant ce que vous faites plutôt que vous astreindre à aller à la bibliothèque alors que vous n’aimez pas lire. »

Pas évident de caler la séance de memory dans votre métro-boulot-bain-dîner-dodo ? « Mais ça ne prend pas de temps !, rassure Florent de Bodman. Vous pouvez transformer des moments utilitaires en plaisir partagé : préparer le repas ensemble, donner le bain, changer la couche, c’est l’occasion de chanter, faire des petits jeux, parler. » Et l’histoire du soir enrichie de quelques questions, une petite chanson pour s’habiller le matin enrichissent vocabulaire comme imaginaire sans désorganiser votre planning...

L’importance du corps
Il y a aussi toute une réflexion à mener sur l’attitude physique. « Les gens ignorent trop souvent qu’un nouveau-né ne voit qu’à 40 cm, il faut donc lui parler tout près ! », insiste Christian Peyrat, auteur de Vos toutes premières volontés. « Pour le bébé qui commence à parler, c’est très important de se mettre à sa hauteur, de le regarder dans les yeux, de ne pas parler trop vite et de renforcer les intonations », conseille Florent de Bodman. « Avec cette attention conjointe, on va favoriser une sécurité, une confiance et une attention qui lui permettent de nous écouter », assure l’orthophoniste.

Et de plus en plus de spécialistes comme de parents prônent les bienfaits de la langue des signes adaptée aux tout petits. « Je crois que c’est un très bon moyen d’amener les parents à réfléchir autrement sur leur relation avec le tout-petit, insiste le pédiatre. Sans apprendre tous les signes ! Mais un bébé de six mois sait signer oui et non. »

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La langue des signes pour bébé ça vous parle ?

Trucs de ma maman
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« D’autant que pour les enfants, il est plus facile de reproduire un geste qu’un son », explique l’orthophoniste. On va ainsi lui donner les moyens et l’envie de s’exprimer, de choisir son dessert, de prendre son bâton de parole. « On peut aussi revenir au corps grâce aux petites comptines avec les mains, reprend Anne Rudelle. Mimer une chanson, cela introduit aussi du rythme et une successivité qui préparent à la syntaxe. »

Adapter, mais éviter le « parler bébé »
« Mieux vaut lui parler comme à un adulte : dire je et tu, l’appeler par son prénom, conseille Florent de Bodman. Il comprend qu’il est dans une conversation et qu’il peut intégrer le tour de parole. Utiliser les bons mots, c’est le meilleur moyen pour qu’il les retienne ! » Oubliez donc la « totote » et le « popo »... Tout en s’adaptant à chaque âge, mais aussi à chaque enfant qui va trouver son rythme de croisière. « Pour un enfant de 1 an, il faut surtout faire attention à la longueur de la phrase, précise l’orthophoniste. Il ne faut pas perdre son attention dans les détails. » Et donc progressivement introduire des phrases plus nuancées, plus complexes, enrichir sa syntaxe.

Si l’enfant fait des erreurs de prononciation, pas de panique ! « C’est normal, cela fait partie du développement par approximation, reprend la psycho praticienne. Mais il est déconseillé de le faire répéter. Mieux vaut reformuler après lui, en insistant sur la bonne consonne par exemple. »

Source : 20 minutes

[1] L’étude repose sur une enquête nationale suivant une cohorte de plus de 18 000 enfants depuis leur naissance en 2011 en France métropolitaine.


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