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Enfants sourds au Viet Nam : la langue des signes pour sortir du silence

Article publié le lundi 8 septembre 2014.


LES POINTS MARQUANTS

-  On estime qu’il y a près de 15 500 enfants sourds ou malentendants âgés de moins de 5 ans au Viet Nam, et la plupart d’entre eux n’ont pas accès à un enseignement préscolaire.
-  Un projet administré par la Banque mondiale attribue un tuteur sourd à chaque enfant pour lui apprendre la langue des signes.
-  L’approche adoptée implique la famille de l’enfant dans son apprentissage et son développement.

Hô-Chi-Minh-Ville, VIET NAM - En 1886, Nguyen Van Truong (également connu sous le nom de Jacques Cam) revient à Saïgon (l’actuelle Hô-Chi-Minh-Ville) après avoir passé six ans à l’école des sourds-muets de Rodez, en France. Le jeune homme sourd intègre alors l’école des sourds-muets de Lai Thiêu, la première de ce type au Viet Nam, où il enseignera la langue des signes à des enfants sourds ou malentendants.

En 2014, les élèves du Centre d’éducation spécialisée (CSDIEPD) d’Hô-Chi-Minh-Ville n’apprennent pas seulement la langue des signes. On leur enseigne à comprendre le monde qui les entoure et à s’exprimer de façon intelligible.

Ce centre (et cinq autres à Hô-Chi-Minh-Ville, Thai Nguyen, Quang Binh et Hanoï) expérimente des méthodes novatrices pour améliorer les premiers stades du développement des enfants sourds ou malentendants. Une « équipe de soutien familial », composée d’un tuteur également déficient, d’un interprète en langue des signes et d’un enseignant entendant, travaille avec les jeunes enfants à leur domicile, avec leur famille.

« Ce modèle permet de venir en aide aux enfants différemment », explique Nguyen Thanh Tam, responsable du CSDIEPD de Hô-Chi-Minh-Ville. « Avant, nous accueillions les enfants uniquement au centre, mais nous manquons d’espace. À présent, nous suivons 150 enfants sur place et 170 autres à domicile. »

La petite Linh Nguyen, quatre ans, apprécie que l’équipe se déplace chez elle : « Les professeurs viennent à la maison pour m’apprendre la langue des signes. Aujourd’hui, j’ai appris les fruits et les couleurs. Ils donnent également des cours à mon frère Tu ainsi qu’à mon grand-père, mon père et tous les autres membres de ma famille. » Linh et son frère sont sourds depuis la naissance.

Appuyé par le projet IDEO (Intergenerational Deaf Education Outreach), financé par le Fonds japonais pour le développement social, administré par la Banque mondiale et mis en œuvre par World Concern, ce nouveau modèle s’articule autour de trois axes majeurs :

-  utiliser la langue des signes comme principal moyen de communication pour permettre aux enfants sourds d’établir des liens avec leur famille et le monde extérieur ;
-  mobiliser des tuteurs malentendants car ils comprennent « de l’intérieur » ce que signifie grandir avec ce handicap et peuvent ainsi assurer le rôle de modèle, de médiateur et d’enseignant ;
-  impliquer la famille dans l’apprentissage et le développement de l’enfant.

Grâce à cette approche centrée sur la famille et propice à l’apprentissage, ce modèle d’enseignement libère la communication pour permettre aux enfants de s’épanouir pleinement.

« Cela fait deux mois seulement que ma fille a intégré le programme, et elle communique déjà beaucoup plus avec moi. Elle connaît plein de mots et peut me dire le nom de différents fruits lorsque nous sortons. Et elle sait même compter ! », confie Dinh Vo Kim Ly, maman d’une fillette de quatre ans atteinte de perte auditive. .

La langue des signes : un outil précieux pour rendre l’éducation plus inclusive

L’apprentissage d’une langue est un processus très important pour le développement d’un enfant ainsi que pour le préparer à l’école primaire. Une enquête réalisée en 2006 sur le niveau de vie des ménages vietnamiens, qui comportait une section spéciale sur le handicap, a montré que 18 enfants sur 10 000 avaient beaucoup de mal à entendre ou n’entendaient pas du tout. Sur la base de ces estimations, on peut déduire que quelque 15 500 enfants vietnamiens de 0 à 5 ans appartiennent à cette catégorie. La majorité de ces enfants n’ont pas accès à l’éducation préscolaire, et leurs parents ne bénéficient d’aucune aide de la part de professionnels.

Si l’État vietnamien a reconnu la place de la langue des signes dans le cadre d’une pédagogie inclusive, les « ressources expertes » du pays (c’est-à-dire les adultes sourds qui connaissent la langue des signes et qui possèdent, en raison même de leur handicap et de cette compétence, l’empathie et l’aptitude nécessaires pour exploiter pleinement ce moyen de communication) n’ont pas été systématiquement mobilisées, formées et recrutées pour éduquer ces enfants. Ce projet contribue à faire changer les choses en formant des tuteurs sourds, des interprètes en langue des signes et des professeurs entendants pour s’assurer que les enfants en âge préscolaire bénéficient d’une éducation de qualité.

Hoang Kim Phuc, qui enseigne la langue des signes à l’école Hy Vong, l’explique très bien : « Je suis malentendant. Lorsque j’étais jeune, la langue orale était la seule façon d’apprendre, et j’ai donc progressé très lentement. Aujourd’hui, en combinant la langue des signes et la langue orale, les enfants sourds peuvent apprendre rapidement et mieux comprendre le monde qui les entoure ».

Tous les enfants vietnamiens atteints de surdité ne sont pas scolarisés à l’heure actuelle. L’éducation préscolaire leur permettra de s’intégrer à la fois mieux et plus rapidement à la société, et d’avoir ainsi par la suite de meilleures chances d’aller à l’école. Selon une évaluation réalisée récemment, même après seulement trois mois de participation au projet IDEO, les retours sont très positifs. Les parents soulignent particulièrement l’efficacité de l’apprentissage et la nette amélioration du comportement de leurs enfants.

Des résultats joliment résumés par la jeune Linh : « Maintenant, nous parlons tous la même langue ! »


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