L’ARCEP, l’AGEFIPH et le FIPHFP publient l’étude d’évaluation des besoins des personnes sourdes ou malentendantes en matière d’accessibilité des services téléphoniques qu’ils ont conjointement financée.
La directive " service universel " modifiée par l’adoption du nouveau " paquet télécoms " du 25 novembre 2009, renforce de manière significative les garanties en faveur des personnes handicapées. Elles doivent, en effet, pouvoir bénéficier à la fois d’un accès et d’un choix équivalents à ceux dont bénéficient les autres utilisateurs de services de communications électroniques.
S’agissant des personnes déficientes auditives, la création de centres relais spécifiques devrait en principe contribuer à atteindre l’objectif d’équivalence assigné aux Etats membres, dès lors que ces centres ne seraient pas limités à la connexion aux services d’urgence et auraient des plages horaires d’ouverture suffisantes.
Grâce à l’étude qu’ils ont fait réaliser par le cabinet Advention Business Partners, l’ARCEP, l’AGEFIPH (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) et le FIPHFP (Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique) disposent désormais d’informations précises sur les besoins des personnes sourdes et malentendantes, le dimensionnement de la demande, ainsi que les coûts et enjeux liés à la mise en place de ces centres. L’étude comporte en outre des comparaisons internationales détaillées.
Dans un souci de transparence et d’information, l’ARCEP, l’AGEFIPH et le FIPHFP ont décidé de rendre publique cette étude. La méthodologie utilisée et les résultats obtenus relèvent de la seule responsabilité de son auteur et n’engagent donc ni l’Autorité, ni l’AGEFIPH, ni le FIPHFP.
L’étude d’évaluation des besoins des personnes sourdes ou malentendantes en matière d’accessibilité des services téléphoniques fait apparaître les techniques utiles pour la mise en place des centres relais, l’interprétation LSF, le codage LPC et la transcription écrite. Or, concernant la transcription écrite, l’étude ne retient que la vélotypie avec des arguments très insuffisants. Cette étude compare ce qui n’est pas comparable et décrète :
1) Que la sténotypie a une qualité de transcription « très mauvaise », qu’elle ne connaît pas le mot « neige », mais « n’ai-je » (p. 82 de l’étude) ;
2) Ignore totalement la reconnaissance vocale, et considère en la matière que, comme « aucune solution technique entièrement automatisée (de type reconnaissance vocale) n’est et ne sera suffisamment mature dans les 5 à 10 années à venir pour pouvoir se passer d’un centre relais » (p. 12) cela suffit à ne pas en tenir compte ;
3) « Deux solutions techniques sans intermédiaires peuvent déjà être écartées à ce stade du fait de leur manque de fiabilité perçue : le système de reconnaissance vocale et de phonèmes ‘sans intermédiaire’ » (p. 53) ;
4) « Les solutions de reconnaissance vocale et de reconnaissance de phonèmes ne seront pas suffisamment matures avant cinq ou dix ans » (p. 53).
Ces arguments ne sont pas recevables. La sténotypie existe depuis 100 ans, mais son objet n’a, jusqu’à présent, jamais été de faire de l’accessibilité. Il s’agissait pour elle de noter en temps réel les propos à la vitesse naturelle de la parole. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas adaptée à cela, pour peu qu’elle s’y consacre. Certes, pour l’accessibilité, la sténotypie est une technologie très jeune (malgré son âge), mais rien ne permet de préjuger a priori de son inadéquation. D’autant plus qu’une plate-forme téléphonique d’assistance aux personnes sourdes et malentendantes est opérationnelle depuis plusieurs années par sténotypie.
La vélotypie existe, certes, depuis une quinzaine d’années avec comme seul objet l’accessibilité. Il serait spécieux de comparer une technique avec une autre plus jeune en donnant un exemple douteux. Pour information, Le « système » ne connaît peut-être pas le mot « neige », mais n’importe quel sténotypiste sait écrire « neige » et « n’ai-je », et la transcription fera apparaître ce que le sténotypiste aura voulu écrire. N’importe qui, de bonne foi, peut le constater.
Concernant la reconnaissance vocale, on ne peut que regretter que ceux qui ont fait cette étude n’aient jamais rencontré les professionnels qui utilisent la reconnaissance vocale depuis plusieurs années pour faire de l’accessibilité. On ne peut que s’interroger sur les motivations de ceux qui balayent d’un revers de main une technique qui, quoique jeune, a été exclusivement choisie par toutes (je dis bien toutes) les chaînes de télévision pour faire du sous-titrage à la télévision. Alors que la reconnaissance vocale est une technologie très jeune, mais prometteuse, chacun peut la comparer à la vélotypie, en regardant la seule émission sous-titrée en vélotypie qui est « Questions au gouvernement » sur France 3 (ce sous-titrage existe depuis longtemps, mais, curieusement, aucune chaîne de télévision n’a voulu prolonger l’expérience en confiant à la vélotypie le sous-titrage exigé par la loi de février 2005. Certes, le sous-titrage par reconnaissance vocale n’est pas parfait pour des raisons de jeunesse, mais tous les témoignages s’accordent à dire que ce que fait la vélotypie depuis tant d’années ne répond que partiellement aux besoins exprimés. C’est pourquoi nous ne pouvons pas comprendre le parti pris a priori de cette étude qui se permet d’affirmer que « Compte tenu des niveaux de qualité perçus, la vélotypie a été privilégiée dans la suite de l’étude pour le relais texte » (p. 82).
L’objet de ce commentaire n’est pas d’exclure la vélotypie, mais de s’interroger sur les motivations de l’exclusion des autres techniques avec des arguments pour le moins légers.
Cette étude fait, à juste titre, des comparaisons sur de nombreux points avec d’autres pays (Grande Bretagne, États-Unis, Suisse, Pays Bas, Suède, Canada et Allemagne). Il eût été intéressant de savoir quelles techniques de l’écrit ont été choisies par les autres pays, et avec quels arguments.
Alors que l’étude montre le besoin criant en techniciens de l’écrit, il eût été opportun de s’interroger réellement sur les possibilités des différentes technologies. Pour peu que l’on s’intéresse un tout petit peu à la question, on se rend très vite compte qu’elles seront amenées à cohabiter, chacune ayant des avantages et des inconvénients. Tous ceux qui se sont interrogés sur la question de la transcription de l’écrit en temps réel connaissent la difficulté d’un tel exercice, et savent que la principale qualité de chaque système repose moins sur le système lui-même que sur son opérateur.
Il est regrettable qu’un cabinet aussi sérieux et important que celui qui a réalisé cette étude, ne sache pas ce qui est pour tous les professionnels de l’écrit, une évidence.