Question écrite n° 12803 de M. Philippe Richert (Bas-Rhin - UMP)
publiée dans le JO Sénat du 01/04/2010 - page 802
M. Philippe Richert attire l’attention de Mme la ministre de la santé et des sports sur les difficultés rencontrées par les personnes malentendantes pour s’équiper d’un appareil auditif, en raison notamment de son coût et de son faible remboursement par la caisse d’assurance maladie.
En effet, le coût moyen d’un appareil auditif (dont la durée de vie est estimée à 3 ou 4 ans) se situe entre 1.500 et plus de 2.000 euros alors que les caisses et mutuelles ne remboursent qu’environ 10 % de cette somme. Ces prothèses auditives constituent pourtant une aide à l’audition qui permettrait d’améliorer la vie de millions de personnes malentendantes. Cependant, à peine 20 % des personnes malentendantes bénéficient d’une prothèse auditive, alors que ce chiffre est d’environ 50 % aux États-Unis par exemple. La mauvaise image que représente l’appareillage auditif, l’insuffisance d’informations, un prix élevé et un faible remboursement par la caisse d’assurance maladie peuvent expliquer ce sous-équipement.
Par ailleurs, il semblerait que la France connaisse un certain retard en ce qui concerne ce handicap (dépistage et prévention de la surdité chez les plus jeunes, techniques d’adaptation des programmes télévisés aux personnes ayant des déficiences auditives, progrès de la médecine...).
C’est pourquoi il serait urgent de trouver des mesures adaptées permettant de réduire ce handicap, sans pour autant pénaliser la situation des caisses ni mettre en cause le plan d’intégration gouvernemental.
Il la remercie de bien vouloir lui indiquer quelles sont les dispositions qu’elle envisage de prendre dans ce cadre.
Réponse du Ministère de la santé et des sports
publiée dans le JO Sénat du 19/08/2010 - page 2177
Concernant le coût et les conditions de prise en charge des appareils correcteurs de surdité (audioprothèses) destinées aux personnes malentendantes, la ministre de la santé et des sports est consciente des difficultés financières rencontrées par les assurés sociaux dans le financement des audioprothèses et entend dissiper leurs inquiétudes. La ministre tient à rappeler que le décret et l’arrêté du 31 octobre 2008 (Journal officiel du 4 novembre 2008) fixant les éléments devant figurer obligatoirement sur le devis normalisé fourni par les audioprothésistes constituent une première étape afin d’introduire plus de transparence dans les prix et une meilleure information des patients. En effet, ce devis détaillé, pris au terme d’une phase de concertation qui a permis de réunir les représentants des audioprothésistes et des associations de patients, permet notamment de distinguer clairement le prix du produit de celui de la prestation qui lui est associée. Par ailleurs la ministre souligne que, dans la continuité de la loi du 11 février 2005 (dite « loi handicap »), le nouveau « plan 2010-2012 en faveur des personnes sourdes ou malentendantes », piloté par le secrétariat d’État chargé de la famille et de la solidarité, doté de 52 M€ comprend 52 mesures concrètes en direction des personnes sourdes ou malentendantes pour : améliorer la prévention, le dépistage et l’accompagnement lors de la découverte d’une déficience auditive ; mieux prendre en compte la déficience auditive à tous les âges de la vie (école, enseignement supérieur, emploi, personnes âgées devenues sourdes) ; rendre notre société plus accessible aux personnes sourdes ou malentendantes (accès à l’information et à la culture, téléphonie, développement des métiers de l’accessibilité). Parmi celles-ci, « la mesure 33 » a confié au comité économique des produits de santé (CEPS) le soin de proposer les modalités d’une amélioration de la prise en charge des appareillages pour les adultes devenus sourds. Ce plan, d’une durée de trois ans, sera suivi par un comité de pilotage qui se réunira régulièrement sous l’égide du secrétaire général du comité interministériel du Handicap.
Bonjour Je suis audioprothésiste et je puis vous assurer que chez moi, un malentendant peut avoir une aide auditive performante pour bien moins de 1500 € !
On n’est pas forcément obligé de prendre l’appareil le plus cher pour avoir un bon équipement. Pourtant, je ne suis pas dans un centre mutualiste. Les prix sont libres, les malentendants se doivent de demander des devis et de comparer les prix. Il est difficile de comparer, aussi je leur recommande de comparer en demandant le prix même marque / même modèle.
Si on vous conseille de changer d’appareil à la moindre panne, il y a aussi un problème : un appareil, ça peut se réparer s’il a moins de 5 ou 6 ans. Donc, non, je ne suis pas d’accord avec la durée de vie de 3 ans, à moins de ne pas être très soigneux. Il faut arrêter la civilisation du "je jette quand ça ne marche pas" : faites réparer !
Et puis, pensez aussi au contact : voyez quelqu’un avec qui vous vous sentirez à l’aise pour parler de vos difficultés, parce qu’une adapatation d’aide auditive, c’est toujours très progressif et il y a souvent de nombreuses visites... Trouvez un audio sympa, indépendant, qui ne s’éparpille pas sur 36 labo, pas cher et patient avec ses... patients. Dans ma ville, nous sommes plusieurs dans ce cas là. Donc, les bons audios avec des prix abordables, ça existe !
La question du sénateur me laisse perplexe sur la forme, et fait passer les exces de certains réseaux d’audioprothésistes pour une généralité.
En tant qu’audioprothésiste indépendant, je me dois de réagir.
Certes, le cout d’un appareillage auditif BILATERAL peut atteindre 4000 euros, mais chez la plupart des indépendants, la gamme économique (qui sont tout de même des appareils numériques, avec réducteurs de bruits etc) commence à 2000 euros (pour un appareillage des DEUX cotés), voire 1500 euros. Chez nous, l’appareillage moyen (toujours pour les 2 oreilles) oscille entre 2500 et 3000 euros. Ca reste une somme, soit.
La prise en charge de la sécurité sociale est bien de 260 euros dans la plupart des cas, mais les (bonnes) mutuelles complètent assez bien et de nombreux dispositifs permettent de faciliter cet achat (MDPH, AGEFIPH, fonds sociaux divers et variés, etc.). C’est à mon avis, du role de l’audioprothésiste de les connaitre et de les mobiliser. Une étude interne récente a montré que, dans 2 cas sur 3, il ne restait que moins de 50% du prix à la charge de nos patients. Donc l’appareillage auditif bilatéral revient à généralement, en 2010, à moins de 1500 euros, pour une durée de vie de 5 à 7 ans (et non 3 ou 4 ans), soit moins d’un euro par jour. (rappelons que les piles sont intégralement prises en charge par l’assurance maladie).
Toutefois, ce prix reste exhorbitant si l’appareil est mal adapté ou ne donne pas satisfaction. Plus que la recherche du prix le plus bas, c’est la confiance en l’audioprothésiste et le sérieux de sa prestation qui fait la différence. En effet, c’est de sa prestation (et non pas du type d’appareil) que dépend la réussite de la rééducation auditive. Un appareillage à prix cassé (proné par certaines mutuelles) a donc généralement des résultats en proportion, mais il ne faut pas prendre pour des généralités les tarifs excessifs pratiqués par certains réseaux et/ou dans certaines régions.
Il me semblait important de rétablir ces quelques vérités pour vos adhérents, car malheureusement, le jeu de certaines associations de consomateurs n’est pas non plus toujours dans l’intéret des personnes malentendantes.
Bonne continuation.