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Témoignages de Jeunes Sourds et Jeunes Adultes Sourds

Leurs parcours depuis la scolarisation jusqu’à l’insertion professionnelle
Article publié le mardi 5 janvier 2010.


Sommaire

-  Compte-rendu du Salon

-  Ouverture du Salon

-  La langue des Signes Française
Comment la mettre en pratique dans les établissements

-  Témoignages de Jeunes Sourds et Jeunes Adultes Sourds
Leurs parcours depuis la scolarisation jusqu’à l’insertion professionnelle

-  Accessibilité à l’enseignement pour les sourds et malentendants
Démarches, Financements, Moyens techniques, Accompagnements

-  Les participants et les liens sur les sites

Témoignages de :

-  Kevin,
-  Clément
-  Aymeric
-  Karine
-  Rezaul
-  Sarah
-  Jonathan

et les jeunes dans la salle

Pierre Roger : Bonjour et bienvenue à ceux qui n’étaient pas là ce matin. Ce matin nous avons fait une table ronde sur la langue des signes qui était très animée. Nous allons entamer la 1ere table ronde de cet après-midi par des témoignages de jeunes et un peu moins jeunes. Je vais vous présenter...., j’attends parce qu’un jeune doit venir... quatre jeunes. Nous allons avoir un peu toutes les générations. Nous allons faire connaissance. En attendant qu’ils se mettent en place, à ma gauche, je vous présente Rezaul qui fait une licence générale en droit et administration publique, Karine qui est éducatrice spécialisée au CSM Albert Camus, Sarah qui fait également une licence générale en droit et administration publique mais qui a un parcours tout à fait différent. Vous verrez que pour une même destination, il y a tout un tas de chemins et on ne peux pas dire qu’il y a un chemin meilleur que l’autre. Et Jonathan qui est en deuxième année bac pro en infographie. Je vais aller voir les plus jeunes parce que je ne les connais pas. Ce sont des jeunes qui ont 11 ans et qui sont en CM1. Tu es suivi dans quel établissement ?...

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Kevin : Je m’appelle Kévin et je suis en classe de CM1. Je fais de l’orthophonie, je vais chez le psy, j’ai une psychomotricienne. Dans la classe, je fais différentes choses...

Pierre Roger : Est-ce que tu fais des activités en dehors de l’école ?

Kevin : Oui, je fais du sport, de la natation.

Clément : je suis aussi en classe de CM1. Je travaille, je fais de l’orthophonie et différentes choses. Entre autre choses, j’ai fait du foot. Je m’appelle Clément. C’est tout. Clément.

Aymeric : je m’appelle Aymeric. Je suis aussi en CM1. Je fais du sport, plein de sport. De l’escrime. Et dans la classe, j’ai de l’orthophonie, de l’histoire-géographie, des mathématiques et plein d’autres choses.

Pierre Roger : Merci à tous ces jeunes. Nous allons commencer par Karine qui va nous expliquer comment elle est devenue éducatrice spécialisée.

Karine : je m’appelle Karine. Je suis éducatrice spécialisée. Je suis ancienne élève de l’école ___. Dans cet établissement, nous avons appris l’oralisme. Ensuite, j’ai été intégrée à partir du CM1 pour savoir si j’allais pouvoir suivre. Je n’ai pas eu trop de difficultés avec une prise en charge orthophonique, etc. J’ai suivi l’intégration au collège. J’ai eu plus ou moins de difficultés pour les prises de notes. Il m’a fallu trouver des camarades qui voulaient bien me prendre des notes. Cela n’a pas été facile pour moi. Je me suis pas trop mal intégrée, mes camarades ont accepté.

Dans un premier temps, je voulais être institutrice mais je ne sais pas si c’était à conseiller pour les enfants sourds donc j’ai bifurqué vers la comptabilité. J’avais la possibilité de continuer l’intégration mais je n’ai pas voulu, parce que j’ai vu qu’il y avait des difficultés. J’ai préféré aller dans un lycée à Paris. C’était un lycée spécialisé avec une prise en charge en orthophonie. Il n’y avait pas de psychomotricité. Ensuite, j’ai passé mon BTS de comptabilité dans un établissement privé.... chez les entendants, cela ne s’est pas trop mal passé. J’ai eu moins de difficultés pendant mon BTS qu’au collège. Ensuite, j’ai travaillé comme assistante comptable dans une entreprise privée. J’ai travaillé pendant quatre ans mais cela ne s’est pas trop bien passé parce que je me sentais exploitée... J’étais trop sollicitée pour travailler. Je travaillais pour trois personnes et cela n’a pas été facile pour moi. Mais j’ai fait avec.

Après, j’ai été licenciée économique mais pendant que j’étais assistante comptable, j’ai travaillé à temps partiel dans l’interprétariat dans un premier temps, et ensuite éducatrice scolaire pour être avec les enfants qui ont du mal à s’exprimer oralement. J’ai mis en place des séances de français signé. C’est-à-dire que j’employais la langue des signes française en gardant la grammaire française... comme j’étais licenciée économiquement, j’ai demandé au Centre la possibilité d’être intégrée en tant qu’éducatrice spécialisée. J’ai fait ensuite une formation pour être éducatrice spécialisée. Je suis femme pour aider les enfants sourds à s’exprimer oralement mais aussi avec le français signé ou la langue des signes.

Rézaul : je voudrais poser une question au président pour commencer. Merci de nous accueillir et nous avoir proposé de témoigner. Pour commencer, je vais vous expliquer mon parcours de petit enfant jusqu’à maintenant. J’ai une question au président. Je commence par quoi ? mon parcours de petit enfant maintenant ? Bonjour à tous. J’ai 23 ans, je suis sourd depuis l’âge de deux ans. Actuellement, je suis à Paris-IX en alternance. Je travaille aussi en licence générale pour l’administration publique. Pour revenir en arrière au niveau de l’école primaire, j’étais à l’école, j’ai fait mes classes dans une école oraliste et c’était vraiment très difficile à ce moment-là. Mon papa s’est battu et a essayé de m’encourager en disant : « pour l’avenir c’est important ». Il fallait des interprètes mais c’était dur parce que tout passait par l’oral. J’étais très fatigué à cette époque-là. J’étais motivé par d’autres choses. J’étais dans une école au Blanc-Mesnil. Jusqu’au CM2. Ensuite, je suis rentré au collège à Gagny dans le 93. Là aussi, tout passait par l’oral. J’avais encore beaucoup d’éducation orthophonique. J’étais du lundi au vendredi j’avais au minimum 2 cours par semaine. Tout passait par l’oral et c’était très épuisant. Je n’aime pas du tout cette rééducation. On essayait de m’encourager. J’ai quand même réussi mon brevet des collèges en troisième où j’ai travaillé par moi-même. J’étais très autonome par rapport à mon travail.

Ensuite, j’ai fait une seconde générale à la Norville dans l’Essone, où j’ai de temps en temps de l’interprétariat. J’espérais pouvoir faire un bac S. C’est vrai qu’au bout d’un an, c’était très difficile entre la biologie, la physique et la chimie. Je suis revenu sur l’école Truffaut. Je n’avais aucune base de la comptabilité mais on m’avait dit que pour moi c’était beaucoup mieux. Je voulais absolument passer en première, je n’avais pas du tout envie de redoubler. À la maison, j’ai revu toutes les bases de comptabilité pour pouvoir rattraper les autres. La première s’est bien passée et je suis arrivé en terminale où j’ai passé mon bac. J’étais très motivé parce que après le bac quoi faire ? J’ai raté mon bac de 3 points. Donc j’ai redoublé et j’ai repris une préparation au bac en terminale STG. Enfin, j’ai réussi mon bac. Après j’ai eu envie de continuer mes études mais tout était à l’oral. C’était vraiment très dur. Je voulais au minimum avoir la langue des signes, un interprète. En plus j’avais des copains de classe qui m’ont dit pourquoi ne pas faire un CFA où là il y a des interprètes régulièrement. J’avais des cours par correspondance. Un professeur d’université qui venait régulièrement à l’école pour donner des cours. Pour certaines matières, pour des cours de soutien, les devoirs. Il y avait beaucoup de choses par correspondance. Ce n’est pas forcément facile mais je me sentais capable à la maison de travailler sur tous leurs points le reste de la semaine. J’ai été en entreprise. J’ai commencé à découvrir plein de choses. Au démarrage, j’étais au service des ressources humaines. J’ai fait ma première année de BTS, ma deuxième année comme assistant de direction. J’ai réussi au mois de juin 2009. Après, j’ai discuté avec les conseillers professionnels. C’est le conseiller professionnel qui me suivait et qui me dit ce serait encore mieux que tu puisses continuer et essayer de faire une licence. Une licence en administration générale publique ou privée au niveau des finances ou des ressources humaines. Maintenant, je suis toujours en entreprise, aux services financiers dans une entreprise financière. Cela se passe bien. Les entendants ont vraiment envie d’apprendre la langue des signes. En échange des compétences. Je ne suis pas contre l’oralisme mais c’est vrai que je voudrais que la langue des signes soit plus reconnue, qu’on puisse la choisir en option au bac, que les gens soient motivés et aient envie d’apprendre. Laisser les enfants sourds choisir naturellement leur mode de communication. L‘oralisme est important dans le monde des entendants mais il ne faut pas forcer les enfants. Il faut qu’il y ait une communication. C’est important pour nous. Les sourds se battent pour l’accessibilité en France, pour la langue des signes et sa reconnaissance. L’Éducation Nationale a reconnu la langue. Elle est un peu plus acceptée. Il ne faut surtout pas revenir en arrière. On est dans un monde moderne. Voilà. Je vais passer le relais à mes collègues.
Merci beaucoup.

(JPG)

Sarah : Bonjour, je m’appelle Sarah Roger. Voilà mon papa. Je suis actuellement en licence générale de droit administratif public. Pour revenir en arrière, quand j’étais petite, j’étais un peu perdue entre le monde des signes, le monde oraliste, le monde du LPC... Je suis allée dans ma première école à Champs-sur-Marne où il y avait la langue des signes mais ce n’était pas adapté à ma situation. J’ai changé et je suis allée à Montgeron dans le 91. Je suis allée en classe spécialisée avec un professeur spécialisé. Le professeur faisait de la LPC. J’avais envie du LPC parce que je pensais que cela m’était adapté. J’avais fait un stage de LPC pour apprendre mais j’ai détesté le LPC.

Ensuite au collège, je suis partie en intégration dans le 93, à Noisy le Grand. Il y avait trois autres sourds. Cela a été difficile. Je travaillais le week-end énormément et de temps en temps le samedi j’allais au CRESM pour du soutien, c’était essentiellement du soutien. Cela n’allait pas non plus. J’ai laissé tomber et je suis partie à Morvan. J’y suis allée jusqu’en 3è. Au départ on a cherché un collège. J’avais peur d’aller à Morvan parce que c’est tout petit, comme une prison. Je ne souhaitais pas y aller. Je suis allée en intégration à Noisy-le-Grand et ensuite comme je sentais que cela n’allait pas, c’est là que je suis entrée à Morvan jusqu’en troisième. Ensuite je suis allée au lycée, à Truffaut. Je suis restée quatre ans. J’ai fait un bac STG. Ensuite, j’ai fait un BTS assistant de direction à Paris neuvième. Je sentais que c’était pour moi. Il y avait des médiateurs qui utilisaient la langue des signes, de l’aide aux devoirs et j’ai senti que c’était vraiment ma place. Autrefois, j’ai énormément souffert entre l’oral et la langue des signes. Là, j’avais impression que c’était complètement adapté pour moi. J’y suis restée deux ans en alternance. J’ai travaillé chez IBM. J’ai réussi mon BTS en juin dernier et désormais je suis en licence de droit administratif public et je continue en alternance. Je travaille aussi à la mairie de Rueil-Malmaison. Je travaille dans le service handicap. C’est très intéressant. Cela n’a pas été facile de trouver une école qui m’était adaptée. Je remarque que beaucoup de sourds vont en comptabilité parce que finalement ils n’ont pas d’autre choix. Ils ne peuvent pas vraiment choisir en fonction de leurs envies. Ce n’est pas une situation facile à vivre. Lorsque j’étais à Truffaut en comptabilité, cela ne me plaisait pas tellement. Ce n’était pas un vrai choix, c’était plutôt par défaut. Maintenant que j’ai trouvé ma foi voie professionnelles ce que je fais est beaucoup mieux. Je n’ai pas vraiment de métier précis, m’occuper des personnes handicapées, et encourager, sur l’accessibilité, c’est quelque chose qui m’intéresse.
Merci beaucoup.

Jonathan : Bonjour, je m’appelle Jonathan. Je vais vous expliquer où je suis allé à l’école. Au départ, lorsque je suis arrivé en France à l’âge de cinq ans je suis allé dans l’école primaire au CEOP. jusqu’à la sixième. J’ai intégré ensuite Morvan pendant 2 ans. J’ai quitté le cours Morvan et je suis parti à Montpellier en quatrième. Je suis resté pendant un an mais je sentais que cela ne me plaisait pas. Je suis arrivé à Saint-Jacques en troisième. J’ai réussi.... Je suis passé en BEP à l’école, en atelier imprimerie pendant trois ans. J’ai réussi mon BEP. J’adorais l’infographie. Je me suis dit, j’avais eu la base avec le BEP donc je suis parti faire quelque chose à Bagnolet. J’ai fait de l’infographie. Le problème c’est qu’il n’y avait pas d’interprète. Je suis allé dans ce CFA, SIBILS m’a expliqué qu’il y avait un accompagnement possible pour les cours, que j’aurai toujours quelqu’un avec moi, qu’il s’occuperait de tout. J’étais rassuré parce que je suis sourd depuis tout petit, j’ai toujours été dans des écoles pour sourds.

L’année dernière je me suis retrouvé seul sourd en intégration. Là, c’est la deuxième année de bac pro en infographie que je fais en alternance. Avec des médiateurs. Je me sens rassuré. Cela se passe bien. Je suis aidé, on me conseille, on m’aide, on s’occupe de choses par rapport à l’expérience, je reçois plein de conseils. Et c’est bien. Je trace ma voie. Je travaille à l’école et en même temps je vais dans une association et je gère cette situation. C’est vrai que l’alternance n’est pas facile.

Je travaille dans une entreprise d’infographie. L’année dernière, j’ai travaillé dans une autre entreprise de musique. J’ai acquis une expérience. Maintenant avec SIBILS je suis vraiment content. Je suis bien. Le médiateur m’accompagne jusqu’au bout. Une fois que j’ai bien enregistré tous mes acquis. Avec les entendants, je suis le seul dans la classe, la chance, c’est qu’il y a une bonne ambiance. Nous sommes solidaires. Cela se passe bien. Depuis tout petit, je n’étais qu’avec des sourds. Je continue. C’est ça la vie. J’ai tracé mon chemin, aller jusqu’au bout de ce que l’on a envie de faire. J’espère pouvoir aller en licence mais j’ai le temps, la motivation. Merci beaucoup. J’ai oublié de dire que j’avais 21 ans.

Pierre Roger : je remercie tous les intervenants qui nous ont expliqué leur parcours. Je vais passer le micro dans la salle. J’avais une question à poser à Karine qui a un petit peu de recul puisqu’elle est éducatrice et qu’elle s’occupe des enfants sourds. Elle a vécu cela avec 10 ou 15 ans de décalage, qu’est-ce qu’elle a vu comme progrès, est-ce qu’il y avait des espoirs qui ne se sont toujours pas concrétisés ?

Karine : Alors, j’ai toujours rêvé de travailler avec des enfants sourds. Pour les aider dans l’oralité. Pour les parents, je ne peux pas leur donner trop d’espoir parce que certains enfants n’arrivent pas à oraliser et d’autres réussissent très bien. Je les aide à utiliser le français signé pour qu’ils puissent par la suite oraliser. J’ai vu qu’il y a énormément d’admiration pour l’oralisme. Pour les enfants, certains ont du mal à s’exprimer oralement. Ce que je veux dire c’est que les enfants ne sont pas toujours compréhensibles donc j’essaie de leur apprendre l’oral. Je ne suis pas contre... je trouve que c’est quand même important d’oraliser parce qu’ils peuvent mieux s’intégrer dans la société. Une grosse partie des entendants ne peuvent pas tous apprendre la langue des signes, cela pose parfois des problèmes. En sachant oraliser un petit peu...

Pierre Roger : Est-ce qu’il y a des questions dans la salle ?

Jonathan : Par rapport à mon parcours, je vois où j’en suis et ce que je peux observer, je trouve qu’il manque beaucoup d’informations au niveau de la surdité. Je remarque au niveau de mes amis que souvent ils n’ont pas d’école, ils sont au chômage, ils ne savent pas quoi faire. C’est dommage. Il y a peu de choses au niveau de l’accessibilité. Comme vous le disiez, je suis seul. Quand il n’y a pas d’interprète, on est vite coincé. Je pense qu’il peut toujours y avoir des solutions. Cela commence à évoluer. Autrefois, c’était très difficile au niveau des personnes sourdes. Il y a du mieux. Cela commence à avancer. L’oralisme n’est pas interdit. Chacun vit comme il veut. Nous sommes dans un monde entendant. Dans le futur, je pense qu’il y aura d’autres solutions au niveau de l’accessibilité. On peut être un peu patient et prendre le temps mais par rapport à aujourd’hui, c’est très difficile à organiser parce qu’on ne travaille qu’avec des entendants. Les professeurs entendants en cours d’infographie, j’essaie de lire sur les lèvres mais c’est hyper lourd. Après chaque explication, ce n’est pas forcément clair du premier coup. Les sourds ont besoin d’un interprète. Même s’ils ont l’oralisme, ils ont besoin d’interprète. Avec la langue des signes on comprend tout de suite. Avec l’oral, on ne comprend pas tout du premier coup. C’est pour cela qu’ils ont vraiment besoin d’interprète. Parfois, ce n’est pas possible. J’ai de la chance avec SIBILS parce que ce sont des médiateurs. C’est différents des interprètes. L’interprète est complètement neutre face aux messages. Le médiateur est un accompagnateur, il ira jusqu’au bout. Il peut le suivre pendant très longtemps. C’est très important pour notre avenir. Je suis à l’école avec uniquement des entendants et mon médiateur peut m’aider et m’accompagner jusqu’au bout. Même par rapport à la pédagogie. C’est très particulier et c’est vrai qu’il m’accompagne dans les entreprises pour discuter, il est toujours avec moi. C’est lui qui connaît les droits des sourds par rapport à mon patron qui ne connait pas forcément les droits qu’il peut avoir. C’est lui qui négocie pour moi. Il m’aide au niveau de la communication. Il fait tout pour moi. Donc cela marche bien. J’en profite mais pour l’avenir au niveau de l’infographie, je serai beaucoup plus à l’aise. On verra dans le futur ce qu’il en est mais franchement j’ai un espoir pour l’avenir. Merci.

Rézaul : Je voulais dire quelque chose aux parents qui ont des enfants sourds. C’est vrai que ce n’est pas une critique par rapport à l’oral mais c’est vrai que cela peut poser problème. Par exemple, « il ne sait pas parler, le pauvre ! ! » C’est quoi la langue ? c’est le français ? Ce serait sa deuxième langue. Par exemple dans l’entreprise au niveau de l’oral, on met un sourd oraliste qui ne sait pas signer. Il est dans le monde entendant sourd oraliste. Il parle autour de lui et il essaie de comprendre en lisant sur les lèvres. L’entendant oublie qu’il est sourd puisque cette personne parle. Tellement souvent, ce genre de situation arrive. C’est bien ça ? Le gros risque c’est qu’on l’oublie. Cela devient du français signé, il perd sa langue des signes. Il confond des choses. C’est dommage. Il faut faire quelque chose, on peut avancer, continuer.

J’ai beaucoup d’amis sourds qui sont en architecture, en ressources humaines, qui travaillent dans l’informatique, qui ont des licences et des maîtrises, des doctorats en linguistique. Ils sont allés très loin au niveau des études, et ont eu d’excellentes notes.

Il faut discuter avec les enfants, voir ce qu’ils veulent faire. Voir ce qui leur plait le plus. Il faut leur donner un maximum d’amour et de possibilités. Il ne faut pas imposer le ‘oralisme. Après l’enfant est perdu et ne sait plus quoi faire. Cela le détruit pour l’avenir. Par exemple, Jonathan qui dit que des gens ont laissé tomber certaines études. Il faut essayer de s’adapter à l’enfant, participer aux associations. La langue des signes est importante, il faut un minimum. Il faut que l’enfant ait un minimum de langue. Il faut vraiment qu’ils la gardent. Il en a besoin pour communiquer, dans le métro, dans le bus. Le problème, n’oublions pas la langue des signes. On va au foot, ce sont des gestes que tous les entendants peuvent faire mais ils n’y pensent pas. La langue des signes est l’expression des sourds. Si les entendants pouvaient apprendre un minimum de signes, qu’est-ce qu’on serait heureux. Cela ferait une super relation entre les sourds et les entendants. Adaptez-vous à l’enfant, laissez le choisir ce qu’il préfère comme langue et faire son chemin. Lui faire confiance. Je me bats dans cette licence et je m’y sens vraiment bien.
Merci beaucoup.

Pierre Roger : Y a-t-il d’autres questions dans la salle ?

Intervenant : Bonjour je suis ici parce que plus tard je ne sais pas vraiment ce que je veux faire. Je suis content de ce qui est dit parce que dans mon lycée je suis décalé , il y a des échanges avec les entendants et alors , je suis un peu décalé.

Pierre Roger : dans quel Lycée ?

Intervenant : Je suis en terminale à Amiens.

Pierre Roger : Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Intervenant : Bonjour je voulais répondre à Jonathan. Je suis dans une formation où il y a 13 sourds. Sur les 13 sourds, je suis malentendant, ancien entendant. Je suis sourd à 80 %. Il y a cinq sourds profonds sans appareils et cinq personnes qui sont appareillées. C’est une formation pour devenir formateur. C’est possible pour nous les sourds. Je ne signe pas, je n’entends pas, je suis doublement handicapé. J’ai des gros problèmes de communication. Pour les autres, souvent, les appareilléq, ça va mais pour les sourds profonds qui ont juste la langue des signes, sans interprète. À part une seule personne, tous les autres ont des problèmes. Il va y avoir 13 formateurs ressources qui iront sur le marché du travail à partir du mois de juillet. Si on nous place chez des entendants, ce serait une formation pour rien. Je suis là aujourd’hui pour récupérer des informations. Il faudrait savoir ce que les sourds peuvent faire de manière à ce que ces formateurs, ils sont obligés d’être calibrés par rapport au monde des entendants, par rapport à des diplômes qui appartiennent au monde des entendants. Or, les sourds appartiennent au monde des sourds. Ils sont la même intelligence mais ils n’ont pas le même... il y a tellement de problèmes avec les interprètes. Dans le monde des entendants, il y a des signes qui se développent par rapport à la façon qu’ont les entendants de parler. Moi qui suis devenu sourd, j’arrive à le comprendre. Mais il y a des choses qui ne se signent pas de la même façon parce qu’il n’y a pas la même profondeur. On cherche à atteindre un niveau bac +2, il y a certaines notions qui ne passent pas très bien. C’est plus difficile à des sourds d’accéder à des formations techniques de haut niveau. Il y a 13 sourds qui vont sortir... je tenais à vous le dire.

Pierre Roger : Jonathan demandait, « vous avez répondu à ma question ». Mais à quelle question ?

Intervenant : à celle que les sourds peuvent faire des formations mais qu’ils sont souvent réservés. Il leur faut une école, des interprètes.

Jonathan : Au niveau des cours, c’est vrai que par rapport à moi, au niveau de l’infographie, il y a peu de sourds qui font de l’infographie. C’est normal que je sois seul dans cette formation. J’ai de la chance. En effet, j’ai réussi à rentrer dans cette école d’entendants mais j’ai quand même la communication avec des copains sourds. J’ai mon médiateur qui m’aide beaucoup au niveau de l’infographie. J’ai des aides un peu de partout. Donc cela va. Ce que j’aimerais c’est que l’on puisse aider les personnes sourdes parce qu’il y en a plein qui peuvent adorer ce métier, il en a plein qui voudraient le faire mais ils se retrouvent dans des formations qui ne sont pas forcément adaptées. C’est dommage. Les professeurs m’avaient poussé à __ St Jacques ( ? ), mais je n’ai pas voulu parce que je savais que ce n’était pas adapté. Donc j’ai refusé et je suis parti sur autre chose. Mais les professeurs avaient peur en se disant peut-être que tu n’auras pas d’interprète. Mais moi j’aimais ce métier j’avais envie de continuer. Mais c’est vrai que du coup il y a plein de sourds qui peuvent avoir des compétences et ils ne peuvent rien en faire parce qu’il n’y a rien. J’ai de la chance, je peux avoir d’autres aides. L’an dernier, il y avait 2 sourds. Et puis l’autre a laissé tomber il n’était pas motivé. C’est dommage parce que c’est vrai il voulait vraiment faire de l’infographie.

Mon père qui travaille dans les programmes informatiques me disait, c’est important d’apprendre la langue des signes et pourquoi pas devenir formateur en langue des signes. Je crois qu’il faut pour l’avenir être super ouvert. Il y a des interprètes d’accord mais les interprètes ne peuvent pas tout faire, ils ont des compétences. Comme le médiateur que j’ai, il a des compétences en infographie. C’est super adapté. Forcément, il est beaucoup plus à l’aise pour interpréter les cours. Des fois, ce sont des entendants peuvent m’expliquer. Il faut avoir des relais un peu partout. Mais c’est vrai que pour moi c’est la première fois que je vis dans une entreprise parce que au démarrage il n’y ’avait rien du tout. C’est mon médiateur qui peut expliquer les choses parce qu’au début on est un peu perdu. Du moment qu’on a vraiment quelqu’un qui peuvent nous expliquer, on est accessible à toutes les informations. J’ai vraiment de l’espoir pour l’avenir. Je pense qu’il n’y a aucun problème. Après les contextes se feront facilement.

Intervenant : par rapport aux milieux entendants et sourds et par rapport aux classes spécialisées, je trouve que chez les entendants c’est beaucoup plus riche par rapport aux classes spécialisées. Je trouve que les classes spécialisées manquent de vocabulaire. C’est quand même important de comprendre les mots de vocabulaire. En employant un petit peu l’oralisme, -je ne suis pas contre la LSF- mais c’est quand même important de connaître tous les mots du vocabulaire que les entendants connaissent. Comme ça il y a un bon échange et le niveau est à peu près égal. C’est ce que je pense.

Pierre Roger : Des questions ? Je vous demande d’être courts. Essayez d’être très rapides et nous serons très brefs dans la réponse.

Intervenant : Je suis réalisateur dans une école de cinéma. Je fais mes études avec les entendants. J’ai grandi avec la langue des signes. Je n’ai jamais oralisé. J’ai toujours pratiqué avec la langue des signes depuis tout petit mais j’aimais beaucoup faire de la réalisation. J’ai participé à une école. Je cherchais des interprètes, des financements. J’ai un interprète qui vient pour moi. Je me sens bien dans le monde des entendants avec l’interprète. Cela ne me pose aucun problème. Ensuite, je chercherai du travail seul. Cela fait deux ans que je me débrouille et tout va bien. Je pense que l’on peut pratiquer la langue des signes dans le monde d’entendants. On peut faire appel à un interprète. Tout cela est possible et se passe bien. C’était juste un témoignage.

Pierre Roger : je vois qu’il y a encore des questions mais nous sommes obligés d’abréger parce que nous allons tenir un autre débat juste après. L’autre débat sera dans la continuation de celui-là puisque nous allons parler d’accessibilité. C’est par exemple le problème d’accompagnement des jeunes, je pense que ce ne sera pas hors de propos par rapport à cette table ronde. Je voudrais remercier tous les participants à cette table ronde et particulièrement les quatre jeunes qui ont accepté de venir nous donner leurs témoignages sur leur parcours scolaire. Merci et je crois que vous avez bien mérité d’avoir un coca. L’association est heureuse de vous l’offrir.


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